PROFESSEURS DE MORALE OU JUSTICIERS AUTOPROCLAMÉS ? Par Alain AVELIN

Il existe, en France, un groupement élitiste qui est une spécificité ( on dirait aujourd’hui : « exception » nationale) : Les intellectuels de gauche. En fait, le qualificatif « de gauche » serait un pléonasme car, à droite, on ne pense pas, tout le monde le sait.

Un tel « intellectuel » doit posséder la double conviction intime d’être intelligent et de détenir la vérité, postulat indiscuté et non démontrable par définition, tout comme celui d’Euclide.

Il s’agit, le plus souvent, de membres de l’Enseignement Supérieur, de quelques avocats en renom, d’hommes politiques et de penseurs gauchistes, tous capitonnés de bonne conscience, mais dans des situations matérielles confortables du style grands bourgeois parisiens.

Le fait de détenir la vérité entraîne un esprit inévitable d’intolérance qui évoque la scolastique d’une église moyenâgeuse, avec les mêmes méthodes de confiscation des moyens de diffusion, emprise considérable sur l’Université, anathème envers les sceptiques, excommunication des opposants, proclamations périodiques de vérités sous formes de « bulles » …Oh ! Pardon… « De manifestes » en souvenir d’un célèbre Manifeste d’un certain Marx, en 1848, annonçant l’arrivée du bonheur sur la terre.

L’évangile de cette nouvelle religion, auquel la plupart de ces intellectuels « engagés » ont adhéré en esprit, se résume à une mission grandiose : apporter la Liberté au monde par la violence de la Révolution Universelle, mission redéfinie comme telle dans les années 50. En clair, servir, consciemment ou non, de courroie de transmission à l’installation de dictatures communistes à travers le tiers monde.

Il s’agit là d’une folle dérive de l’esprit de charité chrétienne tombé en déshérence à la fin du XIXème siècle et récupéré par Marx, en une sorte de captation d’héritage, avec la bénédiction des chrétiens progressistes.

L’emprise sur l’opinion publique de ces intellectuels engagés repose sur une double escroquerie :

1°) ESCROQUERIE DE COMPÉTENCE

Le niveau des connaissances théoriques de cette élite leur fait attribuer par la candeur de l’opinion des qualités intrinsèques de rigueur et de raisonnement. C’est là que commence l’abus de confiance. Car le choix d’une doctrine idéologique sociale ou philosophique est basé sur la subjectivité.

« Ce n’est pas la raison qui nous fournit une direction morale, c’est la sensibilité. » remarquait Barrès au début du siècle. Quand ce n’est pas, aussi, le conformisme à « l’esprit du temps » qui change avec chaque génération !

Abandonnant, dans le choix d’une éthique, les critères du jugement rationnel, notre intellectuel voudrait en conserver le prestige. Or, un intellectuel, un homme de science, n’a pas le privilège d’être plus qualifié qu’un autre citoyen, dans la recherche d’une morale collective. « Ou alors – dit J.F. Revel – il faudrait admettre que dans notre démocratie, il existe des hommes moralement supérieurs. »

Si un scientifique définit des moyens, il ne peut définir une fin (voir la bioéthique). L’intellectuel, aussi savant qu’il soit, n’a, en effet, aucune lumière particulière pour s’ériger en justicier autoproclamé ou en professeur de morale.

C’est pourtant à cette comédie bruyante et insupportable que se livre depuis un demi-siècle cette intelligentsia française !

Le savant, le scientifique, n’apportent avec eux, en guise de valeur ajoutée, que leur notoriété acquise dans des domaines totalement étrangers aux valeurs morales. L’erreur de Renan, à la fin du siècle dernier, fut de croire que le développement de la science apporterait à l’humanité un surcroît de vertu (voir l’avenir de la science).

Il n’y a pas de connaissance universelle, à moins de vouloir ressusciter le mythe de la pierre philosophale : possédant le Savoir, on pensait connaître la Raison.

Comme nous en sommes loin, aujourd’hui, en voyant nos intellectuels continuer à raisonner ( ou à déraisonner) avec autorité dans le domaine de leur pure incompétence, en habiles jongleurs de mots, (mais de mots creux) à travers cette dialectique qui sait si bien marier l’erreur à l’éloquence.

2°) ESCROQUERIE DU LANGAGE

Tous les artifices sont bons, lorsque l’intelligentsia veut endoctriner l’opinion. On fait appel aux associations d’images, démarche destinée à fausser le raisonnement, on s’adresse en priorité à l’affectivité au détriment de la réflexion. C’est toute la technique de la fameuse « sensibilité de gauche » qui confond raison avec romantisme raisonneur. Tout cela hérité directement de Rousseau, le Grand Ancêtre, le créateur du mythe du Bon Sauvage et du méchant civilisé : « L’homme est bon, la civilisation l’a corrompu. ».

C’est de cette grave erreur de jugement que sont nées les utopies les plus meurtrières, visant à détruire la société pour retrouver, dans l’homme, le bon sauvage dans sa vertu native. C’est depuis Rousseau, leur lointain initiateur, que les intellectuels engagés ont entretenu et bétonné cette funeste jalousie de classe, si permanente en France, forme dévoyée du sentiment égalitaire qui devrait être naturel dans une démocratie.

Une autre perversion du langage, inspirée directement du marxisme, a très longtemps intoxiqué («et qui intoxique encore»N.D.L.R.) une partie de l’enseignement de l’Histoire : C’est ce concept rigide du sens de l’Histoire dont le cours serait orienté, fatalement, irréversiblement… vers la construction du socialisme, slogan dévastateur, s’il en est !, qui a présidé à la plupart des désastres économiques et humains dans les pays du tiers monde, spécialement en Afrique, qu’il n’a pas fini de ravager.

Pourtant l’étude objective et le recul du temps mettent, au contraire, en lumière le cycle récurrent des événements historiques, la vanité des idéologies et la fragilité des civilisations (Nous savons qu’elles sont mortelles – écrivait Paul Valéry à la veille de la seconde guerre mondiale).

L’enseignement de l’Histoire dans les manuels scolaires s’est souvent transformé en un discours apologétique avec une grille d’interprétation ne retenant des événements que ceux qui confortent la doctrine, noyant les autres dans un flot sermonneur, instituant le mensonge idéologique et son corollaire inévitable, l’intolérance à l’opinion d’autrui, le danger de la pensée unique.

L’orientation actuelle insupportable des médias télévisés et de la presse en matière d’Histoire, le refus pratique de tout débat contradictoire trahissent une emprise totalitaire aggravée sur les moyens d’information.

C’est un paradoxe inadmissible et accablant que de voir la plupart des dictatures communistes s’effondrer dans le monde alors qu’en France le règne des Professeurs de Morale s’inspire plus que jamais des méthodes et de l’enseignement de l’église marxiste.

Le pape des intellectuels engagés, Jean-Paul Sartre, « écrivain de grand talent mais médiocre philosophe » pour Jean Guitton, nous apparaît surtout comme le plus détestable des moralistes, qui influença de façon très néfaste l’intelligentsia et l’opinion pendant toute la durée du drame algérien.

Grand adepte de l’idéologie marxiste, il ne rompit jamais avec elle contrairement à ce que Bernard Henri Lévy voudrait nous démontrer dans son dernier livre. S’il n’adhéra jamais au parti communiste, Sartre fut le grand chantre de toutes les dictatures communistes dans le monde, grand admirateur de Fidel Castro, initiateur du Goulag dans la sphère de l’Amérique Centrale, puis fervent de Mao Zedong, reconnu par tous les historiens non marxistes comme un des grands criminels du XXème siècle avec Hitler et Staline.

« Le marxisme est la seule anthropologie qui conçoive l’homme dans sa totalité » écrivait Sartre en 1960… (Critique de la raison dialectique). Le philosophe se disqualifia par son culte grotesque du maoïsme en 1968, époque où les intellectuels engagés et certains cercles parisiens « d’avant-garde » se pâmaient d’admiration pour « le petit livre rouge de Mao » recueil de platitudes auprès duquel l’almanach du père Benoît semblait d’une haute spiritualité.

Dans le drame algérien, très vite, Sartre et ses adeptes, qui évoluaient dans l’eau glauque de l’aquarium existentialiste, prirent une position extrême en faveur des nationalistes algériens, approuvant sans réserve les pires violences et l’utilisation de méthodes dont la barbarie était indigne de l’humanité !

Dans ce club, se distingua Henri Jeanson et son fameux réseau destiné à fournir des armes à la rébellion afin de tuer des soldats français et alimenter le terrorisme urbain qui massacrait les populations civiles.

La trahison monta encore d’un cran lors de l’appel à la désertion des hommes du contingent : « Manifeste des 121 », le 6 septembre 1960, signé par Sartre et des personnalités engagées. « Les Temps Modernes », bible de l’existentialisme, donne le ton, entraînant une camérilla d’extrême gauche allant des prêtres du Prado aux acteurs de cinéma en mal de publicité, de Témoignage Chrétien à l’Humanité (ces deux derniers journaux fidèles à une longue tradition antimilitariste épargnant seulement les armées du camp socialiste).

Tout cela ne représente pas encore grand monde mais fait énormément de bruit afin de circonvenir et domestiquer une opinion métropolitaine indécise (ou amorphe) en lui prêchant deux « vérités » :

• La vertu politique du terrorisme F.L.N., glorifié à travers la doctrine de la libération des peuples par la violence avec, comme corollaire, le devoir pour le soldat français de déserter.
• La suspicion de « fascisme » pour tout individu né sur le sol algérien qui se réclame de la France, ce qui est la définition même d’un jugement raciste. Le racisme anti-Pied Noir était né et la propagande gaulliste s’y engouffra, dans la plus immorale des collusions, pour justifier la capitulation d’Evian.

En 1961 parut une brochure incendiaire préfacée par Sartre dont l’auteur, Frantz Fanon, un demi-fou sanguinaire, était un Français de la Martinique passé au service du F.L.N. dont il était devenu un personnage important puisqu’une rue d’Alger porte, aujourd’hui, son nom. Célébré par Sartre, cet ouvrage était un véritable appel au meurtre contre tous ceux qui, de toutes confessions, se réclamaient de la France en Algérie, dans une sorte de théologie de la haine présentée comme « une exigence de la plus haute conscience morale » !

« On n’interdit pas Voltaire… » Insensible à l’indignation et à la colère de tous les citoyens français d’Algérie désignés comme cibles à abattre au nom d’une morale supérieure, De Gaulle, toujours pragmatique, vit dans cet ostracisme délirant matière à préparer l’opinion publique métropolitaine à un renversement complet des alliances par un virage à 180° de sa politique algérienne condamnant désormais toute présence française en Algérie où il avait choisi d’installer, à tout prix, le pouvoir exclusif du F.L.N.

Cette trahison franco-française se manifesta ouvertement : le 10 mai 1961, De Gaulle ordonne « la trêve unilatérale ». L’Armée, à partir du 20 mai 1961 doit arrêter toute action offensive tandis qu’en même temps plus d’un millier de terroristes F.L.N. sont libérés sans condition et relancés à travers tout le pays. Jean Morin, Ministre Résidant, ne peut cacher sa désapprobation à laquelle s’ajoute celle du Général Crépin, pourtant fidèle gaulliste, qui déclare : « L’interruption des opérations offensives est irréalisable sauf à laisser le champ libre à la rébellion, à sa réorganisation en plein jour qui serait interprétée par la population par une victoire du F.L.N. alors que celui-ci est pratiquement vaincu. ». Son successeur, le Général Gambiez, ajoutera : « La protection de la population ne sera plus assurée. » ( Jean Morin –De Gaulle et l’Algérie – Albin Michel -pages 154 et 157).

C’est ce qui arriva. Les assassins, les tortionnaires, libérés sans condition par De Gaulle, se sont très vite remis à l’œuvre : en quinze jours, le terrorisme renaissant fit CENT TRENTE CINQ MORTS, EN GRANDE MAJORITÉ MUSULMANS !
« La vague des nouveaux attentats du F.L.N. en un mois dépasse les bilans les plus meurtriers des années passées » précise Jean Morin qui finira par ajouter que ce fut près de six mille terroristes du F.L.N. que De Gaulle fit ainsi libérer sans condition alors que presque tous les soldats français du contingent, détenus par le F.L.N. et soi-disant prisonniers de ce dernier, étaient martyrisés avant d’être exterminés !

Combien de citoyens français, de toutes confessions, allaient être victimes de la criminelle initiative de Charles De Gaulle qui avait consciemment et délibérément réintroduit le terrorisme F.L.N. en Algérie pour arriver à ses fins personnelles ! Cela, l’Histoire ( la vraie et non les mensonges déclarés et archivés) ne pourra jamais le lui pardonner.

C’est en observant cette criminelle attitude que beaucoup d’élus musulmans, qui avaient, jusque là, joué courageusement le jeu de la France comme De Gaulle, lui-même, les avait si souvent incités à le faire, comprirent alors que la France les avait trompés et les abandonnait. Ils basculèrent alors, contraints et forcés, vers le F.L.N. qui les menaçait du « grand sourire kabyle ».

Mais pour combien d’entre eux, il était déjà trop tard ! On masqua soigneusement à l’opinion métropolitaine ce nouveau déferlement, inhumain et impitoyable de la barbarie F.L.N. et on préféra détourner son attention en accablant les résistants français de l’O.A.S. auprès desquels la malheureuse communauté de souche européenne tentait de trouver un dernier refuge ! Dissimulant hypocritement la cause, on en condamnait fallacieusement les effets !

Toute l’intelligentsia de gauche mobilisée, avec ou sans soutane, avait bien ouvert la voie à la nouvelle politique algérienne de Charles De Gaulle qui, lui, pour des raisons toutes personnelles de « stratégie planétaire », envisageait froidement de plonger l’Algérie dans une anarchie sanglante !

En jetant, par avance, l’anathème sur toutes les victimes qui en résulteraient, l’extrême gauche se faisait le porte drapeau idéologique de la politique d’Evian, car elle voyait ainsi triompher sa morale, à elle, résumée dans cette logomachie révolutionnaire monstrueuse qui, depuis Marat jusqu’à Lénine et Mao, relayée par Sartre, a justifié tous les massacres et toutes les barbaries : « C’est par la violence que doit s’établir le despotisme de la liberté » ( Marat – L’ami du peuple – avril 1793) !!!

Alain AVELIN
CDFA-VERITAS

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