Je suis Français de souche et fier de mes ancêtres paysans et ouvriers

L’horreur absolue. Bon sang, comment peut-on être Français de souche ? C’est simple,  j’en suis un. Je ne l’ai pas fait exprès. Mon arbre généalogique remonte à 1632. Je ne désespère pas de remonter plus haut sur d’autres branches. J’ai des racines percheronnes beauceronnes, normandes et poitevines. Rien que du terroir. Des racines paysannes, plantées dans la terre de labour, de la terre du labeur sans les trente cinq heures.

J’ai lu leurs actes de naissance, de mariage, de décès. Trois documents qui résument une vie. Rarement ils avaient quitté leurs villages ou alors pour les villages voisins. En tous cas, pas bien loin. On voyageait peu à l’époque. J’imagine mes ancêtres, dans les fermes, ouvriers agricoles, aux mains rudes, au verbe réduit à l’essentiel. A la soupe du soir, cela devait faire des grands slurps, et des grands sloups comme chantait Jacques Brel. Et puis le vieux, le patriarche, le patron fermait son couteau et mes ancêtres cessaient de manger. Les femmes faisaient la vaisselle en silence. Une vie rude. Une vie ou le rire et l’indolence n’existaient pas trop.

Pas de riches bourgeois dans ma généalogie, même pas un grognard de la grande armée de l’Empire. Misère. Pour un Bonapartiste comme moi, c’est l’insulte. Mon arrière-grand-mère, fille de ferme, se fit engrosser à 14 ans et virer de la ferme comme une malpropre. Pas d’allocations familiales à cette époque. Que de l’huile de coude ou la mort au coin du bois. On était en Beauce. Un pays de Français de souche puisque quasiment le berceau de la France.

J’ai bien un peu de sang italien datant des années 1850, mais il semble que cela ne suffise pas à me faire pardonner par les bien-pensants. Je suis irrémédiablement de souche ! Misère.

Même si cette arrière-grand-mère italienne, d’une autre branche était la plus arrivée dans la société française de l’époque. Immigrée, elle se fit sa place comme cuisinière d’une famille bourgeoise de Chartres. C’est là qu’elle a appris à lire et écrire le français. C’est dans cette ville qu’elle a rencontré son ouvrier de mari. Il ne parlait que le patois de son village de la Sarthe.  Elle lui a appris les bonnes manières, le bon français. Dans la famille, cet apprentissage du savoir-vivre de l’ancêtre cuisinière italienne, est resté comme le disait mon père, avec une pointe de mépris, la politesse des domestiques. Curieuse expression. Que serait-il devenu sans cette arrière grand-mère italienne ?

Cécilia et ses enfantsMes ancêtres n’ont sûrement pas vu un noir de leur vie à l’époque où ils cultivaient les terres des patrons de fermes  du Perche, de Beauce et de Normandie. La vie des femmes n’avait rien de jouissive. Soumises, obéissantes et corvéables à merci. Les esclaves existaient. Elles étaient blanches, jeunes et devaient se taire, subir ou partir crever ailleurs. Ou alors, elles partaient en ville travailler comme nounous, ouvrières ou bonniches, victimes de salauds à l’affût de l’oie blanche.

C’était cela mes ancêtres. Des Français du travail, des forçats le plus souvent. Pour trois sous et un quignon de pain. Mais pour les bien-pensants, ce n’est pas l’important. Je suis un Français de souche et donc, par définition,  coresponsable de la traite négrière, de la colonisation, et j’en passe.  Quelle bande de pauvres types cette engeance.

Je suis Français de souche et alors ?

Mes racines remontent à plusieurs centaines d’années en arrière, et alors ?

Je dois en avoir honte maintenant ? Honte de mes ancêtres qui ont fait la France d’aujourd’hui ? Honte de ces gens qui n’avaient pas la CAF pour donner à manger à leurs gosses rarement désirés d’ailleurs. Honte de mon sang qui coule dans mes veines et qui remonte à un temps où il n’y avait pas l’AME, la CMU, l’APSA, les HLM de fait, et j’en passe de ces fleuves d’aides sociales.  Il n’y avait que des sueurs et des larmes et parfois du sang et ils n’étaient pas causants en plus.

Aujourd’hui, il faut que je me taise, et que je rende hommage à ces nouveaux immigrés qui ne prennent même pas la peine de respecter mes ancêtres.

Je suis Français de souche et je me lève pour vous faire un bras d’honneur comme l’auraient fait tous ces paysans de France qui ont fait de cette terre ce qu’elle est aujourd’hui ! A vous écouter, ils cracheraient sur cette terre, non pas pour la mépriser, ils étaient bien trop respectueux, mais simplement pour vous signifier ce qu’ils penseraient de vous.

Ils ont fait ce que je suis, ce que mes enfants sont aujourd’hui. Depuis quatre générations, nous savons lire et écrire et c’est la France qui nous a permis de le faire. Nous ne devons rien à ces gens qui viennent et exigent sans contrepartie, et ne prennent même pas la peine de parler notre langue ni de connaître notre histoire. Ils insultent ce faisant, mes ancêtres paysans et ouvriers. Cette cuisinière italienne qui a tout fait pour être une Française de plein droit, bien plus Française que son mari issu de la Sarthe à qui elle a tout appris.

Vous, gens de ces partis politiques qui veulent abandonner notre peuple ! Je vous le dis, c’est mon pays bande de traîtres, ma patrie, mon terroir, mes ancêtres qui sont enterrés dans d’innombrables cimetières de ces régions de France. Je suis Français de souche et je vous le dis : j’en suis fier et je vous emmerde.

Gérard Brazon (Mon Blog)