A la rencontre de Béatrice Bourges, en grève de la faim

C’est sous un grand soleil, mais un froid de canard que je suis sorti du métro les Invalides. Quartier chic de nos députés, lieu de pouvoirs divers et d’influences variées. Mais les Députés sont bien au chaud dans leurs douillets nids parisiens où dans leurs limousines aux vitres teintées. 

J’arrive sur la petite place où se trouve Béatrice Bourges. Elle est parquée entre des barrières. Assise sur un banc entourée de fleurs mais les traits tirés.

Quelques personnes sont présentes, intimes ou non, tous là par solidarité, amitiés et soutien. J’en fais partie avec Henri Afonso de l’association Reconquête. Nous prenons de ses nouvelles.

Elle est frigorifiée. J’apprends que Béatrice a eu un soutien médical la veille. Je prends quelques photos pour informer, témoigner. Elle n’a que des petites bouteilles d’eau… glacées j’imagine, et donc imbuvable.

Je m’approche de Béatrice et je reçois son sourire en pleine face comme un soleil. J’en reste estomaqué. Comment un courage aussi énorme peut-il se trouver dans un corps aussi fragile, dans un si petit bout de femme ?

Emmitouflée sous un plastique, sorte de coupe-vent, elle me demande sans moquerie si je vais bien ?  Bien sûr que je vais bien ! Comparé à elle… même les pieds gelés. Son sourire ne suffit pas à masquer la fatigue.

J’ai froid, mais elle est là, souriante, aimable et je ne sais plus quoi lui dire comme mots d’encouragement et de sympathie. Il y a des situations ou les mots sont tellement javellisés ou galvaudés qu’il est impossible de les dire. Alors je me tais… Je ressens un profond respect.

Je m’asseois auprès d’elle. Le froid du banc me saisit le fessier. Bon sang  comment fait-elle ? Dans un petit rire, le regard champagne, elle m’annonce qu’elle a pris ses précautions. En effet, elle est assise sur une couverture. Les amis viennent, l’embrassent, la félicitent. Quelques photos pour montrer à tous que ce n’est pas du pipeau.

Son téléphone sonne, elle répond : des journalistes sans doute, des amis, de la famille, que sais-je. Je m’éloigne. Quelques temps aprés, vient une salve de messages ignobles, ceux venant de tarés qui lui souhaitent bon appétit. Elle me regarde et je m’approche. Elle me montre les envois d’images de pizzas, d’adresse de restaurant, d’hamburgers, et autres insanités sur le mode de la plaisanterie. Beatrice Bourges est en grève de la faim et c’est tellement drôle n’est-ce pas ?

Elle reste impassible, même pas étonnée par cette misère humaine, cette bêtise qui surgit des ondes. Ces ricanement indécents à travers les réseaux sociaux. Derrière le vernis de l’homme le plus civilisé, il y a la bête disait le Marquis de Rivarol.

Le temps s’écoule vite. La température baisse, le soleil nous fausse compagnie et va se planquer derrière l’Assemblée Nationale. Mauvais signe ? Est-ce la venue de la police en civil ? Des grand gaillards habillés de noir. Impressionnant ces hommes à la mine sombre. Est-ce bien nécessaire ?

Ils expliquent qu’il faut que l’on sorte de ce « parc à grévistes ». On doit rester en dehors des limites marquées par les barrières. Rassurez-vous, on peut continuer à encourager de la voix notre héroïne. Que se passerait-il si l’on refuse de sortir de ce parc ? La garde-à-vue assurée me répond-t-on ! Pitoyable attitude. Effrayante démocratie qui considère cette femme comme une dangereuse terroriste sur un banc.

Nous sommes à deux pas de l’Assemblée Nationale. Seul trois députés sont venus lui rendre visite. S’enquérir de sa santé. Dont Marion Maréchal Le Pen. Trois sur 577 députés qui ont probablement d’autres chats à fouetter, d’autres urgences, d’autres festins sans doute, d’autres préoccupations. Des scooters à prendre peut-être… Les nouveaux aristocrates de la République Française n’ont pas de temps à perdre avec des sujets aussi futiles n’est-ce pas. Alors Béatrice peut se mettre en danger pour notre liberté, cela n’a pas d’importance et ne doit en aucun cas empêcher une bonne digestion, interdire le cigare après la séance.

Comment, elle est en grève ?  De quoi ? De la faim ! Et pourquoi donc,  le pain n’est pas bon ? Qu’elle essaye la brioche que diable !

Nous sortons de ces délimitations indignes, le soir tombe très vite. Nous restons aux abords et observons cette scène incroyable une femme comme une « clocharde » entourée par des policiers en civil. Comment cette République peut-elle avoir encore des policiers à consacrer à ce genre d’affaire alors même que l’insécurité explose dans ce pays. Effarant.

Nous quittons Béatrice Bourges et je repars chez moi en compagnie d’Henry Afonso. Je vais témoigner me suis-je promis. Voici ce témoignage de quelques heures passées avec une femme de courage.

Bravo Madame! Bien des hommes devraient en prendre de la graine.

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Béatrice Bourges en grève de la faim.

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Béatrice Bourges en compagnie de Gérard Brazon et Henry Afonso Président de Reconquête.

 

Gérard Brazon (Le Blog)